Les origines sociales des femmes influent directement leurs sensibilités à la prise de poids

C’est un sujet un peu tabou et pourtant, une étude de l’INRA commencée en 2005 sur un échantillon de 3 groupes de femmes démontre que c’est une réalité, la catégorie sociale et professionnelle d’une femme est déterminante sur sa propension à prendre du poids, et aussi sur sa façon de gérer le problème. Le phénomène est beaucoup moins marqué chez les hommes au point qu’il est impossible pour le moment d’en tirer des conclusions fermes.

Contrairement à ce que la majorité des gens pensent, ou veulent penser, le comportement personnel d’une femme n’est pas le seul responsable de sa situation pondérale. L’autre moitié du problème a pour origine son groupe social, et notamment son environnement professionnel et familial, ainsi que ses origines sociales.

Les femmes des milieux populaires ont plus de chances d’être ou de devenir obèses que les femmes évoluant dans les milieux plus aisés. L’âge, la profession, et même le lieu de naissance ou le niveau d’étude permettraient de déterminer avec une bonne précision un indice de risque d’obésité.

La volonté de perdre du poids est sensiblement égale chez la plupart des femmes, mais la représentation du corps idéal, et les exigences faces à leur propre silhouettes sont très différentes. Dans les milieux ouvriers, les femmes sont beaucoup moins obnubilées par leur poids que chez les cadres. Elles pratiquent moins de sport, et évidemment consomment moins de produits liés à la perte de poids. Chez les femmes qui ne travaillent pas, la condition sociale est presque le seul facteur déterminant. Cependant si on tient compte de la position sociale des femmes, c’est à dire du fait que dans le milieu ouvrier il y a plus de femmes au foyer que dans les classes sociales supérieures, on constate alors que la majorité des femmes au foyer ont une corpulence plutôt au dessus de la moyenne. Ce constat s’explique probablement aussi par un certain repli sur soi du fait de leur vie domestique.

Au delà du simple souhait de perdre du poids et des référents que chaque femme utilise dans son environnement, l’INRA montre également que l’alimentation des classes populaires est moins équilibrée, moins variée, notamment pour les fruits et les légumes, ce qui conduit évidemment à une prise de poids plus fréquente. L’un dans l’autre ceci fait le bonheur des vendeurs de produits de lutte contre la prise de poids ou de régime, car les classes sociales qui ont le soucis d’entretenir leur ligne sont aussi celles qui ont un pouvoir d’achat supérieur.

D’autres facteurs entrent en jeu comme par exemple le fait que dans les couches sociales populaires l’ennui, les problèmes personnels, et les conditions socio-économiques plus précaires prennent le dessus par rapport au fait de manger sains, faire du sport, et plus généralement faire attention à sa propre santé ou condition physique.

3 groupes de femmes se détachent donc de cette étude : chez les femmes ayant un travail non qualifié ou épisodique, le fait de faire un régime est d’abord un travail sur soi et une volonté d’ancrage social – lié probablement à la pression médiatique. L’indicateur principal de succès est le chiffre indiqué par leur pèse-personne ; chez les femmes plus âgées ou ayant un position professionnelle stable dans un bureau, le régime est motivé par un soucis de santé et d’esthétique, l’apparence étant une garantie de conservation de leur position sociale ; enfin il y a la troisième catégorie de femmes chez qui le régime est la seule façon de soigner un corps en danger, médicalement parlant. Chez ces femmes l’obésité est vécue comme une véritable maladie, physiquement et psychologiquement.

Pour aller plus loin :
L'histoire de l'Inra, entre science et politique (Hors collection)L'histoire de l'Inra, entre science et politique (Hors collection)

Alors que le monde industrialisé pensait en avoir fini avec la question des subsistances, la Seconde Guerre mondiale replace l’agriculture et l’alimentation au cœur des enjeux de la reconstruction. L’Europe de l’Ouest, ravagée et affaiblie, se tourne alors vers les États-Unis pour penser une modernisation capable de fonder une nouvelle expansion. En France, l’après-guerre est ainsi le théâtre d’une profonde transformation du monde rural sous l’effet de la diffusion volontariste du « progrès », instrument d’une mise à niveau de la productivité agricole au service de la restauration de la position française dans le monde. Dans ce contexte, la création en 1946 de l’Inra constitue un moment crucial de la rencontre entre science et politique, dans la quête d’une voie de développement qui mobilise les outils des sciences du vivant pour en rationaliser l’exploitation.

D’abord conçu comme un institut de recherche et d’expérimentation dévolu à la seule agriculture, l’Inra élargit peu à peu ses missions, déployant des compétences nouvelles sur les industries agroalimentaires, la nutrition, la biologie moléculaire ou encore l’environnement.

Serviteur zélé des politiques publiques de modernisation, l’institut s’affirme dans le concert des grands opérateurs de recherche, aux côtés du CNRS, de l’Inserm et de l’Institut Pasteur. Mais confronté à l’essor de la recherche privée, à l’effacement du volontarisme d’État et à la montée de la contestation des sciences et des techniques, il se trouve précocement contraint, dans les années 1980 et surtout 1990, à repenser en profondeur son identité et son rôle, dans la prise de conscience croissante de l’interconnexion des questions agricoles, alimentaires et environnementales.

Au cœur des enjeux de l’économie de la connaissance du monde contemporain, la trajectoire historique de l’Inra représente une véritable énigme, observatoire privilégié de la genèse d’une gouvernance globale du vivant et de la sécurité alimentaire. Fondé sur une documentation originale et sur un recours à la mémoire des acteurs, le présent ouvrage constitue la première synthèse historique sur cet organisme de recherche.

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Volontaire ou non, comment allier santé et bien-être

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